

J'aime venir ici.
J'aime savoir que des amis , amies aiment venir me lire.
Certains même s'entichent de mon écriture.
Elle chatouille leurs désirs, me remplit de volonté.
Il y a des jours que les saisons renient.
Ils se débinent devant la nuit.
comme les soirs où les charognards sont là pour mordre dans la chair fraîche, celles des enfants, des sans défense , des grands malades, de la comateuse , de la mémé ou la démente que la blouse blanche approche le soir et viole sans aucune retenue.
Mais à propos de démence ou de troubles mentaux...
Comme je les aime ces grands malades sans "tête".
Ils me rappelent à ma folie.
Pas plus tard qu'hier, j'étais en visite dans un hôpitâl psychiatrique.
Je montais voir un collègue pour une affaire qui urgeait.
Je gare ma voiture, jette un dernier coup d'oeil à mon rétro qui me renvoie une image qui me conforte.
Il y a des jours où je me trouve jolie presque belle.
Je sors mon petit flacon de parfum pour faire bonne impression.Un truc de femme quoi mais là n'est pas le problème.
Un homme m'interpèle à ma grande surprise .Je sursaute toujours lorsque je suis prise au dépourvu ...
Peur antique ou T.O.C mais ne nous perdons pas encore plus...
Il me dit dans une voix cassée:
donne moi un peu de parfum
Je me retourne et je le vois.
Un homme sans âge, certainement plus jeune que moi mais la misère taille dans la chair, rend mal en point, sale et hideux.
Elle rend vieux terriblement vieux.
Des cheveux en broussaille, une barbe pouilleuse, des doigts jaunis sur des ongles noirs.
Il s'agit bien évidemment d' un haut pensionnaire de ces bas lieux de la déchéance humaine.
Il n'avait plus que des os qui saillaient sous sa camisole presque noire.
Ai-je eu peur au moins un seul instant moi la toubib à la con?
Ai-je - été traversé l'air d'une seconde d'un soulèvement du coeur du dégoût qui stérilise?
Ai-je?
Ai-je ?
Ai-je?
Alors pourquoui ce temps de pause?
Pourquoi ce fractionnement des idées, de la parole, de ma personne...
J'ai toujours aimé la médecine surtout la psychiatrie .
J'auraiaimé être psychiatre mais je ne suis que gériatre.
Ma première maternité m'en a empêchée puis une succession de choses qui font nos vies....
Le monde des fous m'a toujours passionné et lorsqu'internes, mes collègues fuyaient les stages dans les asiles,j'avançais vers eux le coeur léger presque dans le joie.
Je les aimais.
Je les aime toujours ces malades mentaux parceque leur folie les rend des plus vulnérables et ça je ne peux le supporter .
Leur démence ne me fait pas reculer ni sursauter mais toujours une voie, une passerelle et nos idées confluent.
Ils me comprennent et je les comprends.Nous avons toujours su communiquer.
Ma mère à qui je dois tout, me dit toujours pour me taquiner en faisant allusion à mon empathie envers les malades psychiques:
"il n'y a que les fous pour aimer les fous"
Oui,je les aime et je n'ai aucune réticence à le dire.
Leurs regards perdus
Leurs chuchotements
Leurs hébétudes
Leurs peurs
Leurs idées qui se cognent confuses et maltraitantes, rebelles maltraitées juste assommées par des kilos de neuroleptiques, de drogues encore plus agressives l'une que l'autre.
Oui, leur folie me touche au plus profond de ma personne.
Je me retourne et je réserve un sourire coquin, charmeur ou amical à ce monsieur en loque, à cette loque humaine qui pendant une fraction de seconde s'est réveillé de sa torpeur pour me demander une folie: mon parfum.
Je l'en asperge.
Nos yeux se rencontrent, nos pensées aussi.
L'INSTANT EST BREF PRESQUE MAGIQUE où l'aurore s'est substituée à la nuit.Cette dernère résiste peu à la percée du soleil.
Un bout de paradis.
Il me sourit puis retombe dans l'infantilisme , ses bouffées délirantes répétant un refrain sans queue ni tête, une logorhée sans fin .
Il est des bonheurs qu'on ne mesure que lorsqu'ils sont perdus.
Nous ne prenons malheureusement conscience de la valeur des choses que lorsqu'elles ne sont plus à notre portée.
Souvent, nous courons vers des joies éphémères, des illusions négligeant les vrais trésors que nous possédons et rien je dis bien rien n'égale la santé de la personne en particulier la santé mentale!