samedi 17 octobre 2009

Mon renvoi des Hauts de Hurle-Vent....


Si de mes enjambées nocturnes, mes repas sautés, je garde encore quelques flashs.
Un scotome total gomme tout souvenir de notre retour au bercail familial et de nos retrouvailles.
Je sais uniquement que mon frère ainsi que ma cousine avaient fugué du bus scolaire pour retrouver notre maison.
Ils me répétèrent des années après, avoir marché longtemps selon un itinéraire tracé par mon aîné, le cerveau de la famille. Ma famille, celle de ma mère.
Bien que de cinq ans plus jeune, mon frère complota dans l’air de quelques secondes son évasion du pensionnat « les Hauts de Hurle Vents » comme je me plais à l’appeler aujourd’hui et hier encore.
Très jeune et lorsque j’ai commencé à être amoureuse du livre, j’ai avalé en tremblant celui d’Emilie Brontï.
Je ne sais ce que dans ce livre prête à confusion.
Je sais juste que des doigts de feu se portent à ma gorge chaque fois que je regarde le le film sur l'écran...
Confusion malheureusement tragique dans ma tête d’hier et peut-être encore celle d’aujourd’hui.
A la sonnerie des premières heures de cours, juste après la récréation, il se terra escorté de son aîné qu’il menait à la baguette pendant quelques minutes, le temps que tout le monde rentra en classe et que la cour se vida.
Puis d’un geste décidé, il ouvra la grande porte et ordonna à ma cousine de sortir et la suivit.
Cinq et neuf ans,
seuls dans l’immense plaine de Sidi Bou Said.
Ils se tinrent la main avec toute la force de leurs âges, la solidarité des prisonniers libérés par un coup de confusion générale et la bravoure des mutilés de guerre qui ne connaissent que très bien la douleur de la séparation et de l'exil.
Le pensionnat français était desservi par une ligne de train qui se mourrait dans les flancs de la colline pour longer imperturbable la côte de la mer sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à l’entrée de la capitale.
Mon aîné souffla ma cousine de se laisser guider par les rails du train qui les mèneront à proximité de la maison.
Il omit de lui rappeler que la route était longue, caillouteuse et parsemée de dangers. Il l’obligea uniquement à se tenir sur le bas côté des rails pour éviter l’électrocution car les trains à cette époque étaient encore desservis par l’électricité au sol.
Affamés, sales et épuisés, ils firent leur entrée dans notre quartier.
Victorieux et fier de sa puissance, mon frère s’en alla prendre sa revanche sur un voisin de son âge d’une partie de billes qu’il avait été obligé de laisser en suspension lors de son " kidnapping " pour l’orphelinat.
Il avait réussi son exploit et plus rien ne lui était plus urgent que de rétablir l’ordre de la hiérarchie et retrouver son titre de chef de bande au milieu de ses petits copains.
De loin, il les dépassait tous.
Ma famille maternelle l’accueillit à bras ouverts et le bousculèrent de réprimandes noyées dans un amour infini de câlins et de tendresse comme on le décrit si bien dans ma langue: « dharb el hajjala fi bnaietha » soit l’équivalent de l’insuffisance de la correction de la veuve pour sa fille unique.
En effet, c’était le meilleur,
le plus fort,
le nombril d’un monde de femmes toutes à ses pieds, presque un dieu dans sa famille !
Tout cela, c’était mon frère et je l’aimais à la folie.
Une folie furieuse et souvent pleine de jalousie et de rancune car mon idole ne connaissait que trop bien ses illimites et il savait très bien en profiter sur son entourage et surtout sur ma faible personne. Il n'hésitait point à me tyranniser, à pousser chaque jour un peu plus son génie pour mettre au point une nouvelle technique, un nouveau jeu où toujours j'en sortais vaincue, harassée par ses manières violentes et cruelles. Je pris dés lors en horreur les jeux de mains où vilainement les parties tournaient toujours à son profit et où toujours il en sortait vainqueur sauf une fois et là commence une autre histoire..


A lire comme un PS:
A la suite de cette fugue, toutes les religieuses avaient dû être scandalisées ou alarmées par ce même amour de frère mais une chose est sûre: le même paquet de chair humaine du premier soir: c’est-à-dire " MOI " fût vite emballé et déposé chez ses parents -ma mère .
On me mît dehors pour une faute que je n’avais pas commise mais juste pour un délit unique : celui d’être la sœur du fugueur.

3 commentaires:

  1. "Les hauts de Hurlevent" sont, pour moi, une histoire remplie de tous les sentiments humains...
    J'imagine que pour toi, tous ces sentiments sont exacerbés...

    Beau et époustouflant récit de vie.

    Pensées amies.

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  2. merci douce Epamin'
    en avançant dans la vie, nous finissons par adhérer au moule et à abandonner nos rêves les plus fous, nos peurs aussi.

    Depuis le temps,j'ai bien grandi par rapport à tout cela et mon vécu n'est ni plus ni moins terrible que d'autres
    certes,je le trouve assez mouvementé plutôt riche mais comme tu me disais l'autre jour, si on avait à choisir nous choisirons le même parcours de vie càd le nôtre!
    si je mets tout cela en ligne peut-être aussi parce que le courage me manque encore de publier en tous les cas,je te remercie du fond du coeur d'être aussi patiente et me lire..
    Je t'embrasse

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  3. Pourquoi les Hauts de Hurlevent? Qui sait ce qui se passe dans nos têtes lorsque nous restons impressionnés comme une plaque sensible par une lecture, un film, une chanson. Au niveau neuronal -d'après JP Changeux dont je lis le dernier livre paru chez Odile Jacob- il s'en passe et il s'en passe sur le plan des neurones! Une vrai usine à images notre cerveau.
    L'essentiel reste cette histoire folle de ton frère "s'évadant" de la pension. Ce qui te valut d'être exclue toi aussi.
    Qu'advint-il de toi ensuite? Où continuas-tu ta scolarité après cet épisode?
    Chaque évènement que nous vivons oriente notre vie et nous change. Nous sommes le fruit de nos rencontres, de nos découvertes, de nos évolutions, de ce que nous écrivons, de ce que nous entendons.
    L'ensemble est complexe, les résultats d'une éducation pas toujours à la hauteur de ce qui avait été ciblé au départ. Voltaire a bien été instruit par les Jésuites. Il a passé sa vie à les combattre.
    Suis-je d'un quelconque secours pour toi?

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